Les origines de Braldahim

Un article de Braldahim.

          Il est parfois bon de se rappeler d’où l’on vient, rarement vous trouverez dans les légendes locales et les récits passionnés les réels tenants et aboutissants de l’émergence de ce que les Braldûns se plaisent à appeler Braldahim. Parmi les folklores plus ou moins officiels et les nombreuses querelles de voisinage opposant les ressortissants des différentes comtés, fleurissent moult versions d’un passé dont l’importance et le sens se sont peu à peu effacés pour céder la place au mythe. Bien souvent, vous entendrez parler de quelque héros local, ici un grand guerrier, là un maître forgeron d’une très grande sagesse, ou encore de ce mineur ayant mené la révolution des gens du Nord. Chacun ayant contribué, pour ses héritiers bien entendu, en tout ou partie à la constitution de la Comté telle que nous la connaissons. Mais la réalité est toute autre, et si certains préfèrent croire que les Braldûns vivent sur ces terres depuis des millénaires, il nous paraît nécessaire d’apporter ici une part de vérité historique. Les Semi-Hommes ne se sont pas révoltés contre un tyran sanguinaire, pas plus qu’ils n’ont terrassé de monstre mythique pour sauver leur patrie en péril. Non, et ce que l’histoire ne peut retenir est à la hauteur du sacrifice que leurs aïeux ont du consentir, c’est l’affront qu’un monde qui n’était décidément plus à leur taille leur a imposé. Ils ont dû fuir, abandonner leurs trous, leurs chaumières, les collines fleuries et verdoyantes, et ce qu’ils appellent aujourd’hui la Comté n’est en fait que la terre qu’ils investirent à la fin de leur exode.

          Reprenons donc l’histoire depuis le début, enfin d’après ce qu’il nous est permis d’évoquer avec certitude. Avec l’avènement de l’âge des hommes, les puissances ancestrales se dissipèrent peu à peu. La sérénité pérenne que maintinrent les elfes durant plusieurs millénaires s’effaça au profit de la volonté de puissance et des sirènes d’une modernité toute humaine ; un nouveau rapport au temps était né. Non pas que les hommes décidèrent de chasser toutes les créatures et êtres de l’ancien monde, mais il semble que leur seule présence et cet essor incontrôlable et effréné finirent par avoir raison des derniers nostalgiques d’un âge irrémédiablement révolu. Il vint donc un temps où les Semi-Hommes, quasiment oubliés et pour ainsi dire mis au rebut, décidèrent qu’il n’y avait plus rien de bon à attendre des hommes, bien au contraire, et que leur seule chance de salut viendrait de leur propre initiative. C’est alors qu’ils se tournèrent vers le seul peuple qui les avait toujours considérés, les elfes. Ces derniers qui étaient également proches d’un départ définitif des terres connues, prirent sur eux de les aider et leur confièrent un secret qui allait à jamais bouleverser l’existence des semi-hommes.
          Il existait un lieu caché, témoin des anciens temps, un endroit dont seuls les elfes connaissaient l’existence et l’accès, une vaste vallée dissimulée au sein d’un écrin de montagnes et de marais. Ce lieu quasiment inaccessible fut en un temps très reculé l’un des premiers théâtres des rivalités des nains, des elfes, des premiers hommes et de toutes les créatures maléfiques. Une terre parsemée de vestiges et de ruines en tous genres, recelant des trésors oubliés de tous, que seules l’opiniâtreté et l’entraide pourraient révéler. Or, il y a de cela maintenant près de quatre cent ans, les elfes partagèrent ce secret avec les Semi-Hommes, et les y guidèrent, par amitié et pour les préserver du monde des hommes et de la disparition. Ils y seraient seuls, livrés à une nature hostile et à des créatures qu’on pensait depuis longtemps disparues, mais ils y seraient libres.
          Néanmoins, pour les prémunir contre ce qui les attendait dans ces terres reculées, les elfes firent une dernière fois appel à leur magie en ce monde pour donner aux Braldûns la possibilité de se renforcer, de se défendre et de se grandir. Ils enchantèrent ce havre secret pour que chaque monstre, chaque créature s’en prenant aux semi-Hommes libère à sa mort une rune, détentrice et symbole de l’antique pouvoir des Eldars. Comment cette magie fut possible ? Cela relève du mystère, certains disent qu’il est encore en ce monde un ou deux personnages susceptibles d’apporter des réponses sur ces forces que les Braldûns ne peuvent que constater. Ce fut-là l’ultime témoignage de l’amitié qui liait Semi-Hommes et elfes, ces derniers n’avaient pas oublié le rôle que les semi-hommes avaient joué dans les événements du monde, et cet enchantement leur paraissait être un juste retour des choses. Sans oublier tout ce qu’ils gardèrent sous silence, dans les ruines éparpillées aux quatre coins de la nouvelle Comté demeuraient endormis des dangers et des trésors qui n’attendaient que le retour des guerriers. Le temps était venu pour les Braldûns de vivre et de se battre pour cela, ils n’abandonnèrent pas pour autant leurs habitudes, cette propension à faire bombance, à la flânerie et l’oisiveté ; mais certains s’endurcir, et se mirent à arpenter les plaines et les montagnes en quête d’aventure et de prestige, ce qui n’étaient pas du goût de tous.
          C’était bien là le signe du changement, et un grand conseil braldûn se réunit un jour de la centième année du Quatrième âge pour fonder un monde nouveau, Braldahim. Ainsi naquit un monde basé sur l’entraide et l’autarcie, dont le théâtre serait cette nouvelle terre fraîchement investie. Le nom n’était pas innocent, héritier d’influences séculaires, Braldahim est la synthèse de ses origines elfiques, humaines et semi-humaines. Barandhuin pour les elfes, Brandevin pour les hommes, le fleuve qui coupaient jadis les limites orientale et occidentale de l’antique Comté devint l’heureux dépositaire de la culture braldûn. A la fois calme et vigoureux, de temps en temps bouillonnant et déchaîné, ce fleuve pourvoyeur de richesses et de vie parût aux yeux des Thains la meilleure image de leur caractère, changeant mais toujours très attaché à son lit. D’ailleurs ce n’est pas sans malice qu’ils décrétèrent de concert que la bière produite à la première lune après Yule serait également nommée Braldahim. Tous les semi-hommes ayant trinqué avec ce doux breuvage ne pourront que se féliciter d’appartenir à une nation si enivrante et chaleureuse. Il fut également décidé que les Semi-Hommes de Braldahim seraient dorénavant appelés des Braldûns, les habitants de Braldahim.
          Toutefois, cette unité face à la nécessité de se préserver du monde extérieur ne prit pas jusqu’au bout la forme d’un consensus. Les représentants des différentes régions de la nouvelle Comté revendiquèrent tour à tour diverses exigences à la fois économiques, géographiques et culturelles. La première, et non la moindre, fut celle avancée par les Braldûns du sud. Nouvellement installés dans des contrées guère hospitalières, ces derniers souhaitèrent mettre en avant le combat et la possibilité pour tout Braldûn de vivre du fruit de ses rapines et autres confrontations avec ses petits congénères. Cette requête fut jugée inadmissible par bon nombre de Braldûns présents à l’assemblée, mais devant la menace d’une sécession belliqueuse, il fut décidé que la Grande Comté serait divisée en cinq Comtés. Des entités territoriales semi-autonomes, gérées par les Thains, qui se réuniraient plusieurs fois par an en un conseil souverain pour discuter des affaires générales. Cinq Comtés et non deux, pour ne pas créer un antagonisme trop fort. D’ailleurs après quelques décennies, la Comté du Sud-ouest décida d’abandonner la loi dite « de légitime défense », espèce de faux semblant qui avait mené à la sécession. Pour beaucoup, il était inconcevable qu’un Braldûn puisse en attaquer un autre, alors il était encore plus improbable qu’un Braldûn ait à se défendre contre les siens. A ce jour, seules les Comtés Est et Sud-est mènent toujours cette politique laxiste et violente.
          Il fut également décidé lors du conseil d’adopter un nouveau calendrier, et de choisir le jour de cet événement fondateur comme le point de départ d’une nouvelle ère, le premier jour du Premier Âge de Bradalhim. Pour l’anecdote, et ça ne surprendra surement personne, le premier conseil des Thains comprenait, un mineur, un guerrier, un forgeron, mais aussi un chasseur et un bûcheron. Comme quoi, si par hasard vous croisez dans une taverne quelque vieil Braldûn éméché vous contant les exploits de son illustre aïeul, sauveur des Semi-Hommes, vous pourrez peut-être y trouver une part de vérité.

          Pour le reste, c’est à vous, Braldûns de tous bords, de continuer à écrire l’histoire de Braldahim, vous porterez un regard court sur pattes sur les événements de la Comté et du monde, et vous contribuerez certainement à en faire encore davantage un lieu de légendes. Soyez donc, en cette quatre-cent-deuxième année du Premier Age, les bienvenus en Braldahim !