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Maison du Fourbe des marais

Un article de Braldahim.

Situation

Fichetrousse, en (511;-216)

Description de la Maison du Fourbe des marais

Par Simsagace Courluc

Vous poussez un juron, le dernier d’une longue série, en fait vous êtes partagés entre la colère et une furieuse envie de pleurer d’épuisement. La scène est plutôt comique en fin de compte, pas pour vous non, mais pour un éventuel spectateur qui ne serait pas logé à la même enseigne. Il faut dire qu’après ces quelques heures passées à patauger, alternant entre une épaisse vase visqueuse et verdâtre, de temps à autres coiffée d’une touffe hirsute d’herbes sèches, et des mares d’eau saumâtre, couverte de lentilles d’eau et de cette mousse fruit d’une fermentation dont vous préférez ignorer la provenance ; le tableau pourrait déjà être suffisamment désespérant.

Mais bon, quitte à y être jusqu’au cou, autant que ce soit au sens propre. Non pas propre en fait, ce mot ne sied guère à votre état actuel, vous êtes trempés de sueur, vos vêtements, constellés d’éclaboussures diverses et variées, sont imbibés et vous collent à la peau. Vos cheveux, qui ne sont pas en reste, sont littéralement plaqués sur votre crâne, ça brille, ça pique, ça ressemble un casque, vous n’êtes vraiment pas beau à voir. Que dire de vos pieds, dont les poils, habituellement si frisotés, semblent former l’armature d’une future construction 100% écolo, faite de vase séchée et de fibre naturelle. Votre nez, qui lui, préférerait pour une fois être obstrué, anesthésié, hésite à désigner l’origine de la puanteur environnante, vous, dans un état de déliquescence avancée, ou bien cet infâme marais, dont le pouvoir odoriférant est décuplé par le soleil de plomb qui vous accompagne de bonne grâce. Respirez un bon coup, il faut relativiser, finalement ce n’est qu’un mauvais moment à passer... Non! pas par la bouche, vous venez d’avaler votre cinquantième moucheron, au moins vous aurez votre dose de protéines pour la journée.

Et puis ça compensera le pire, l’insupportable, l’horripilant, votre principale raison de céder la folie, l’assaut incessant, bruyant et impitoyable des moustiques. Ca bourdonne, ça siffle, ça s’insinue, vous luttez désespérément en faisant de grands gestes vains pour les chasser. Vous êtes couverts de piqûres, et ça vous démange, le bruit de leurs petites ailes sournoises vous rappelle ces longues nuits d’été où vous luttiez contre un ennemi solitaire et invisible, cet unique insecte qui venait siffler à vos oreilles alors que vous cherchiez à vous endormir, s’ensuivait une lutte de plusieurs heures pour mettre à bas ce vampire miniature. Alors que dire maintenant, ils sont des milliers, tous affamés, gros comme l’ongle de votre pouce, pas étonnant que les Braldûns du coin soient un peu dérangés, s’ils se tappent dessus, c’est pour trouver des ennemis abordables, et puis la douleur fait diversion à la démangeaison…

Vous approchez d’une petite cabane construite sur pilotis, il n’y a ni porte ni fenêtres, seulement les restes de moustiquaires bercés par les relents d’une brise nauséabonde. D’où vous êtes, vous distinguez un hamac tendu entre deux murs de cette soi-disant maison, il partage l’espace avec deux tabourets disposés autour d’une caisse retournée en guise de table. Et dire que vous vous rendez sciemment dans l’humble demeure du tristement célèbre Prosper Hondevice, dit le Fourbe. La petite histoire veut que ce soit le plus grand traître de toutes les comtés réunies, les gens de Fichetrousse vous ont dit de ne pas lui tourner le dos, encore moins de vous endormir en sa présence. On lui prête des mœurs étranges, quelques meurtres de Braldûns, et surtout l’impardonnable trahison des siens, l’équipe des « Têtes brûlées » ; lors de la finale du championnat de soule. Il a toujours dit qu’il avait trébuché ; mais tous les Braldûns présents ce jour-là vous diront qu’il a volontairement lâché le ballon au pied d’un joueur adverse. Quelle fut sa récompense, on ne le saura jamais, mais ses anciens compagnons lui ont laissé un lourd tribut pour son acte, et le sourire édenté qu’il vous présente maintenant, égayé par son unique dent noircie, témoigne de ce passé. Vous vous trouviez crasseux, il est bien pire, ses vêtements pourraient surement le soutenir s’il venait à s’endormir debout, leur couleur est indéfinissable ; ses cheveux paraissent cassants comme de la paille. Méfiez-vous, vous n’êtes pas venus jusqu’ici pour être étranglé par ces mains couvertes de verrues…

Inscrite dans le jeu, le 7 septembre 2009 23:00:00